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Exploitation intensive de manganèse par la Comilog : Un pillage à ciel ouvert

IMG Le Gabon, vache laitière de la multinationale française.

L’annonce faite par Eramet, société mère de la Comilog, d’intensifier sa production de manganèse au Gabon a suscité une levée de bouclier au sein de la société civile et de la presse.  La multinationale française est accusée de vouloir combler son déficit financier à travers une exploitation forcenée au Gabon. 

 

Ces deux informations à caractère économique ont circulé sans véritablement susciter un intérêt particulier auprès du public. Et pourtant, compte tenu de la place qu’elles occupent sur les plans économique et social dans notre pays, tout ce qui touche à la Comilog devrait être scruté avec la plus grande attention. Il y a quelques jours, la presse spécialisée nous apprenait que la famille Duval, premier actionnaire d’Eramet (la maison mère de la Comilog) voudrait faire tomber Christel Bories, la PDG du groupe français. Les Duval qui détiennent près de 40 % du capital d’Eramet reprochent à celle dont le mandat arrive à échéance le 28 mai prochain, non seulement d’avoir divisé par deux les fonds propres de l’entreprise, mais également d’être coupable de la forte hausse de l’endettement d’Eramet.

 

Conséquence, le groupe a enregistré, en 2020, une perte nette de 675 millions d’euros (environ 440 milliards de nos francs) et ce, malgré une forte croissance des ventes de manganèse qui ont progressé de plus de 37 %. Pendant qu’en France la tête de la PDG d’Eramet est prête à tomber, les médias proches du pouvoir au Gabon bombent le torse, en annonçant fièrement la hausse record de la production de manganèse par la Comilog.

 

En effet, la succursale gabonaise a sorti des entrailles du sous-sol du Haut-Ogooué, pas moins de 6 millions de tonnes de manganèse, en 2020, soit 22 % de plus que l’année précédente. Disons-le tout net : de cette exploitation forcenée, qui a toutes les apparences d’un pillage à ciel ouvert de nos ressources naturelles, les seuls bénéficiaires, ce sont les actionnaires et les dirigeants d’Eramet. Aucune retombée significative pour les populations du Haut-Ogooué, aussi bien en matière d’emplois, d’amélioration des conditions de vie que d’aménagement du territoire.

 

A Moanda, la pauvreté galope comme partout ailleurs au Gabon

 

Les infrastructures routières, scolaires et sanitaires sont dans le même état de délabrement qu’ailleurs dans le pays. La principale différence avec les autres localités réside dans la pollution découlant de l’exploitation minière de la Comilog : forêts, cours d’eau, environnement, rien n’est épargné. En se gargarisant d’un « rythme de production de plus de 6 millions de tonnes par an, et de volumes de minerais vendus en hausse de 65 % », les médias du pouvoir omettent de préciser que cette intensification de l’exploitation est une mauvaise nouvelle pour notre pays. Le manganèse n’est pas inépuisable. En accélérant la production, Eramet va, mécaniquement, accélérer la fin de la ressource.

 

Non loin de Moanda, à Mounana, les populations ont vécu un véritable traumatisme avec la fermeture de la Comuf, une filiale du groupe français Areva qui a pillé l’uranium jusqu’à épuisement. Areva parti, les habitants de Mounana ont souffert des effets de la radioactivité et de la pollution liés à l’exploitation de leur uranium. C’est ce qui, à court ou moyen terme, va arriver à Moanda.

 

Dans cette affaire, la logique des dirigeants d’Eramet est simple : compenser les pertes du groupe par une intensification sauvage de la production du manganèse par la Comilog qui, soit dit en passant, représente à elle seule quasiment la moitié du chiffre d’affaires du groupe. Ironie grinçante de l’histoire, en même temps que la Comilog, sous la pression de sa maison mère, sort des quantités de plus en plus importantes de manganèse, ses trains minéraliers multiplient les déraillements. C’était encore le cas, le week-end dernier, entre les gares de Ndjolé et d’Abanga : une rame d’une centaine de wagons a quitté la voie, provoquant l’annulation de tous les trains pour une durée indéterminée.

 

Léod-Paul Batolo: vive la récolonisation

 

Actionnaire à hauteur de 28,9 %, l’Etat gabonais devrait normalement avoir un droit de regard sur la gestion opérationnelle de la Comilog. En plus, le Directeur général est Gabonais. Or, justement, l’Etat, englué dans d’inextricables problèmes de trésorerie, est trop heureux, à court terme, de toucher les dividendes issus de la vente du manganèse. Peu lui importe l’avenir de la ressource. Mais il y a plus grave. Léod-Paul Batolo, un enfant de Moanda, qui est à la tête de l’entreprise depuis deux ans, semble faire le jeu d’Eramet. Cela se voit déjà au niveau des ressources humaines. N’ayons pas peur des mots : avec Batolo, on assiste à une recolonisation rampante de la Comilog.

 

Sinon, comment peut-on expliquer la présence du Français Christophe Minguy comme Directeur de la Mine, alors qu’il y a plus de 20 ans déjà, des ingénieurs gabonais occupaient brillamment ce poste ? On pourrait, entre autres, citer Egide Boundono Simangoye et Roger Midiba Magni. Idem pour la fonction de Directeur des Achats où le Français Thierry Blanchet règne en maître absolu, après avoir dirigé les ressources humaines. Que dire de Laure Guillot, la Française nommée secrétaire générale et qui fait la pluie et le beau temps au sein de l’entreprise où certains l’appellent sous cape « la DG bis » ? Et ils ne sont pas les seuls. En effet, en plus de l’importante colonie française, il y a une dizaine de cadres brésiliens. On le voit, avec Batolo, c’est la « dégabonisation » assurée.

 

Mais pas seulement, car tout ce petit monde a développé un entrelac d’entreprises parallèles avec des Libanais, Maliens et Béninois. Sans appels d’offres, ces hommes d’affaires d’un genre particulier ramassent tous les contrats les plus juteux de la Comilog. A ce propos, la bloggeuse Nephkelsi écrivait le 06 mars dernier sur Mediapart : « Christophe Minguy a tissé un réseau d’obligés et de partenaires en affaires plus ou moins recommandables. Toutefois, dans cette faune interlope, un individu tient le haut du pavé. Son nom, Kizité Nzagou Nzagou. Directeur de la Société gabonaise d’électricité, de froid industriel, construction & BTP (Sogefic), ce Béninois a croisé la route de Christophe Minguy, au moment où ce dernier dirigeait le port minéralier de Comilog à Libreville. […] En quelques mois, Sogefic, minuscule entreprise au capital social de 6 millions de Fcfa (environ 8 000 euros), s’est retrouvée à truster des marchés à plusieurs centaines de millions de francs auprès de Comilog Libreville ». Avec ça, il n’y a plus à se demander comment Kizité Nzagou Nzagou, l’ancien électricien soudeur, se retrouve à transporter les indurés et autres résidus de manganèse à Moanda.

 

(Affaire à suivre…)

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