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Société

Expulsion d’un malade au Chul : l’hideux visage de l’administration hospitalière

par BITOLI Valérie - 14 Apr 2020, 15:28 513 Vues 0 Commentaires
IMG Le Chul devenu le mur de lamentations pour les patients.

Dans un récit poignant, un compatriote raconte avec force et détails, les circonstances dans lesquelles son père a été expulsé du Chu de Libreville afin de faire de la place aux patients du Covid-19.

Une histoire triste qui met davantage en évidence la gestion inhumaine de nos structures hospitalières mais surtout l’incapacité de notre système sanitaire à faire face à la crise du Covid-19.  Lionel Egonga, un compatriote gabonais, vient d’en faire l’amère expérience en voyant son père malade expulsé du centre hospitalier universitaire de Libreville (Chul).  Conséquence d’une volonté de l’administration de cet hôpital de vider les salles d’hospitalisation pour accueillir les personnes infectées par la pandémie, souligne le fils du patient.

 

Morceaux choisis d’un récit poignant :

 

Le samedi 14 mars 2020, mon père Engonga Zué Martin, retraité de la CNSS ,  est conduit en urgence à la clinique SOS Médecin située à Sotega. Il vient d’être victime d’un accident vasculaire cardiaque ischémique.  Arrivé sur les lieux, le médecin présent ce jour nous fait comprendre qu'"on ne pouvait plus rien faire pour lui”, qu’il devait “retourner à la maison''. Ma sœur cadette, qui était avec moi ce jour-là, me demande « ce qu’on fait ? » Je lui dis « on va à El Rapha. »

 

 Premiers soins à El Rapha (Dieu qui guérit)

 

Une fois au service d'urgence d’El Rapha et après l'interrogatoire du médecin de garde, papa est vite pris en charge. Il est placé sous oxygène et plusieurs examens sont réalisés. Le dimanche 15 mars, papa  va mieux que la veille. Il  commence à bouger sa main. Car, toute la nuit, nous étions en prière. Le personnel d'El Rapha nous fait cependant comprendre que papa doit monter en réanimation… mais qu'avant cela, nous devons payer à la caisse trois millions (3.000.000) de FCFA de dépôt de garantie. N'ayant pas cette somme, on nous propose alors de le transférer au CHUL en réanimation.

 

 Au service de réanimation du CHUL, un personnel médical dévoué

 

Vers 22h, l'ambulance du SAMU Social est venue nous chercher pour le CHUL. Une fois à l'hôpital, papa est aussitôt placé en réanimation. Les jeunes médecins de garde ce dimanche soir ont vraiment fait preuve de professionnalisme et de dévouement, papa est aussitôt pris en charge. On lui branche les appareils que je vois souvent dans les films. Les médecins prescrivent les ordonnances et les bons d'examens à faire en urgence.

 

Les premiers résultats d'examens commencent à tomber: les médecins nous expliquent que l'accident vasculaire cardiaque ischémique, dont papa a été victime, ses antécédents de santé et son âge ne jouent pas en sa faveur. Ils disent qu'ils vont faire leur travail... et qu’ils laissent le reste à Dieu seul. La communication est vraiment bonne entre le personnel médical et la famille.

 

 On fournit les gants au personnel médical !

 

Le personnel médical dévoué du CHUL affecté au service de réanimation travaille vraiment dans des conditions précaires. Rendez-vous compte que ce sont les parents des patients qui donnent les gants de soins aux personnels santé ! S'agissant de papa, chaque deux jours, on devait déposer un paquet de gants. Le paquet contient 100 paires de gants. Quand vous ne déposez pas  les gants vous allez recevoir l'appel du service réanimation qui va vous dire ''on ne peut pas faire des soins à votre père aujourd'hui parce qu'il manque des gants !''

 

Pire, le service de réanimation m'appelle à 4h  du matin pour dire ''on doit faire un prélèvement urinaire à votre père, mais comme vous savez, nous n'avons pas de tube de prélèvement, donc apportez nous un tube à 6h.'' Quand  je suis allé acheter le tube à la pharmacie, j’ai constaté qu’un tube coûte 300 francs ! Je suis tombé des nues : l’hôpital général n’a même pas un tube de 300 francs? J'avais alors dit au service de réanimation “comment vous pouvez m'appeler à 4h du matin à cause d'un tube de 300 francs” ?

 

 Ali Bongo, notre système sanitaire est-il vraiment prêt à faire face au COVID-19 ?

 

Malgré tout et Dieu merci, l'état de santé de papa s'améliore. Après plusieurs jours, grâce à Dieu et au personnel médical, mon père a commencé à réagir. Il bouge beaucoup. Les infirmières lui attachent même les mains, même s'il n'a pas toujours recouvré l'usage de la parole. Le mercredi 8 avril, je me suis entretenu avec les médecins dudit service. Ils m'ont expliqué que l'état de santé de papa s'était amélioré, mais qu'il ne pouvait pas encore sortir comme il est sous antibiotiques  qu'il serait en réanimation jusqu'au lundi 13 avril.

 

 Papa quitte le service de réanimation  manu militari

 

Contre toute attente, le jeudi 9 avril, aux environs de 13h, je reçois le coup de fil du service de réanimation: « Monsieur Engonga, passez rapidement à l'hôpital...' »  Une fois dans la salle de réanimation, je constate que le lit de mon père (Box 6) est vide.

Je commence à stresser, je me dirige vers l'interne qui m'a appelé (je reconnaissais déjà les médecins par leur voix au téléphone).

 

C'est une jeune fille. Elle m'informe que mon père a été transféré en médecine périphérique. Pris de colère je me fâche avec elle disant que « hier, j'ai parlé avec le docteur, il m a expliqué que mon père ne pouvait pas être transféré, qu'il serait en réa jusqu'au lundi 13. Pourquoi le programme a changé sans avertir au préalable la famille comme d'habitude ? » Un docteur arrive alors et m'amène dans un bureau pour expliquer les raisons du transfert de papa en médecine interne.  Pendant que j'étais dans la salle de réanimation, je constate que d'autres patients sont en train d'être transférés en médecine interne, la salle de réanimation se vide.

 

Qu'est ce qui se passe ?

 

Quelques minutes après, la jeune interne m'accompagne au 2e étage où mon père a été transféré. Au bureau des internes, la major de ce service exprime son mécontentement devant le médecin, parce qu'un nouveau patient a été envoyé dans son service.  La jeune  interne de la réa me demande poliment de sortir d'abord du bureau. J'avais compris qu'elle était gênée des propos de la major devant moi et que Papa n'était pas le bienvenu. L’ambiance est vraiment morose ce jour là, je ne comprends pas ce qui se passe. Tout le monde est tendu.

J'apprends alors que la réa aurait été vidée pour accueillir les patients du COVID-19. Certaines mauvaises langues, disent qu'un médecin et sa famille auraient été testés positifs au COVID-19.

 

 La psychose monte d'un cran au CHUL

 

Le samedi 11 avril vers 17h, la Directrice Générale du CHUL accompagnée du Vice Président du COPIL (celui qui compte tous les jours  les cas testés positifs au COVID-19) visitent la structure. Les familles de patients et certains médecins sont surpris de la visite du vice président du COPIL en médecine interne. Après leur départ, on apprend que le premier étage a été réservé pour le Coronavirus.

 

Les infirmières disent même aux familles de ne plus prendre l'ascenseur, car les patients du COVID-19 passent par là. Tout le monde est pris de panique. Maman qui était là me dit ''toi qui aime prendre l'ascenseur, il faut encore aller monter...'' J'avais dormi à l'hôpital avec maman le samedi. Dimanche matin, avant de partir, j'ai demandé au médecin qui était de garde si mon père allait sortir lundi ? Le médecin m'a clairement répondu que, "vu son état, ce ne serait pas possible" on venait de le mettre encore sous oxygène avec une sonde urinaire.

 

 Papa est chassé du CHUL

 

Ce lundi 13 avril, ma sœur cadette, qui a passé la nuit à l'hôpital avec maman, m'appelle pour me dire: ''ici, à l'hôpital, on nous demande déjà de libérer.'' Je lui demande si c'est seulement papa qui doit libérer. Elle me répond que “presque tous les malades” doivent libérer les lieux, “les gens sont en train de faire déjà leurs affaires”. Mon père partageait la chambre avec un jeune homme. Je demande si lui aussi doit partir ? Elle me répond : “oui, je t'ai dit, tout le monde. On vient même d’emmener ce jeune homme faire la dialyse, et après la dialyse il part chez lui, sa famille est là...''

 

 Nos établissements manquent de moyens et de matériel pour lutter contre le COVID-19. Protégez-vous et vos proches !

 

 Du 15 mars au 13 avril, j'ai vu dans quelles conditions travaille le personnel médical du CHUL, surtout en  réanimation : il n'y a même pas une  seringue, la salle de réanimation du CHUL possède que 11 lits.

 

Respectons vraiment les mesures barrières, parce qu'avec le manque de structures et la mauvaise gouvernance de nos dirigeants depuis plus d'un demi-siècle, le Coronavirus risque de tous nous décimer si Dieu n'intervient pas.

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