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Gouvernance des faussaires à l’UOB : les révélations sur un pillage à ciel ouvert

par BITOLI Valérie - 10 Jul 2020, 08:09 1029 Vues 0 Commentaires
IMG L' ancien recteur au centre d'un vaste scandale.

Comme on pouvait s’y attendre, les choses sont passées en mode « guipanze bitsaka » du côté du grand portail, c’est-à-dire en phase de « gaspillage », « dévoilement de tout » ou « pourrissement total ». Enquête !

 

Le scandale « ropiviagate » continue de faire trembler le milieu universitaire. Depuis que la plus vieille université du Gabon bouillonne sous fond de manipulation hasardeuse des deniers et biens publics, tout le personnel de l’UOB s’interroge : comment des exactions financières d’une telle ampleur ont-elles pu passer sous le radar des contrôleurs ? Pourquoi les différents ministres de l’Enseignement supérieur n’ont-ils pas réagi aux alertes qui s’accumulaient depuis des années ? Quels sont les dégâts pour la crédibilité des universitaires gabonais ?

 

Depuis fin juin jusqu’à ce jour, Marc Louis Ropivia (ancien recteur), Mesmin Noël Soumaho (recteur par intérim), Dieudonné Robert Obanga (ancien Secrétaire général), Henriette Aurélia Mombey épse Massala (SG actuel, non impliquée dans le trafic), Monique Mavoungou Bouyou (Doyen de la FLSH), Jean Claude James (Doyen de la FDSE), tous les financiers et plusieurs directeurs de départements (anciens et nouveaux) se succèdent au perchoir de la police judiciaire dans le cadre d’une vaste enquête sur la gestion scabreuse de l’UOB par l’ancienne équipe rectorale, menée de main de maître par l’homme de Port-Gentil et un étendu réseau de détournement de véhicules de l’Etat.

 

Plusieurs administratifs, très respectés au sein du Temple du savoir, sont loin d’imaginer que s’ouvre, à travers leurs auditions, l’une des plus grandes affaires de détournement de fonds, d’accaparement illicite des véhicules, de corruption et d’enrichissement illégal dans un établissement supérieur public au Gabon. Des charges concoctées par Francis Nkéa Ndzigue et confirmées par le journal progouvernemental L’Union. Dans sa livraison du mercredi 08 juillet, le journal indique que ces interpellations et auditions font suite à la saisine du procureur de la République par le ministre de la Lutte contre la corruption, Francis Nkea Ndzigue. Ce, aux fins de l’ouverture d’une enquête sur les faits cités supra.

 

Soustraction des véhicules administratifs et fraudes sur les réformes

 

L’ancien recteur et son secrétaire général de l’époque sont invités à donner des explications sur la curieuse disparition de quatre bus affectés au personnel, de marque Toyota aux immatriculations suivantes : Hiace 184L027, Coaster 184L297, Coaster 184L717 et Coaster 184L169. Ces véhicules administratifs ont disparu de la circulation, emportés comme par un coup de bâton magique, au grand bien de Marc Louis Ropivia et son beau-frère Robert Obanga. Les ont-ils vendus, reformés ou simplement perdus de vue ? Les versions livrées par les deux protagonistes divergent et laissent croire d’une frappe de soustraction illicite a été opérée. Quant aux véhicules de service arraisonnés par la Police judiciaire, il serait reproché à plusieurs détenteurs d’avoir fraudé dans la procédure de réforme.

 

D’après plusieurs sources, les pseudos nouveaux acquéreurs auraient bénéficié d’un circuit au ministère des Transports pour l’établissement des fausses cartes grises à leurs noms, au mépris de la voie légale. La loi sur la réforme des véhicules veut que l’on passe par les services du patrimoine, lesquels évaluent la faisabilité et indique à l’acquéreur la procédure et le montant forfaitaire de l’acquisition, à payer au trésor public. C’est muni de la quittance et de l’autorisation que le demandant se réfère aux services des cartes grises. Pour l’UOB, que nenni !

 

Pire, d’après des sources policières, tous les administratifs concernés par la reforme des voitures ont gardé les anciennes plaques bleues de l’Etat et continuent d’utiliser impunément les cartes grises pour bénéficier des avantages de circulation. Comment expliquer qu’une seule voiture ait deux propriétaires et deux cartes grises ? On est clairement dans le faux et l’usage du faux, visant à détourner impunément le matériel de l’Etat, au moment où les gouvernants ne cessent de clamer la récession économique. Le ministre de la Lutte contre la corruption va plus loin en évoquant dans L’Union près de 22 véhicules retrouvés entre les mains du recteur et d’autres responsables, avec des papiers de reforme frauduleux. Ces véhicules sont actuellement saisis et les perfides propriétaires réduits à leur plus simple expression de piéton.

 

Dans cette veine de l’acquisition des véhicules administratifs, des proches de l’ancien recteur auraient reçu des bolides achetés par les fonds de l’UOB et qui ont été immatriculés en leurs noms propres. On parle notamment de deux de ses proches collaborateurs du département de géographie. Par ce mécanisme clientéliste, deux Rav4, deux Toyota Fortuner et trois Terrios ont pris les chemins de nulle part, sans que les registres du patrimoine de l’UOB ne voient la trace. Bienvenue dans l’arène des intellectuels où les agissements ne diffèrent nullement de ceux des simples paysans.

 

Détournement de fonds et jongleries diverses

 

La gestion des fonds issus des inscriptions. Là aussi, l’ancien recteur se doit d’expliquer la destination prise par cette manne, notamment l’argent des inscriptions depuis l’année 2014-2015 sur la base du contrat avec l’opérateur Airtel. Si les autorités judiciaires évoquent un montant d’1 milliard 400 millions de Fcfa calculé sommairement sur la base de 40000 étudiants inscrits au montant de 35000 Fcfa, l’on serait en réalité dans des proportions plus élevées en considérant la somme de 60000 Fcfa pour les masters et 80000 Fcfa pour les doctorants.

 

A cela, il faut ajouter la manne issue des pénalités liées au retard des étudiants à l’inscription, dont les montants sont portés au double. Le flou autour du contrat avec la société Airtel, les primes versées au recteur par années sur le montant des inscriptions, qui s’élèvent au bas mot à 70 millions, sans compter les colossales primes versées aux autres membres de la chaine, dont le SG Dieudonné Robert Obanga, laissent pantois tous les enquêteurs. Disons-le, Rop’s et ses acolytes se sont indubitablement sucrés sur le dos des étudiants.

 

De plus, la gestion des budgets  internes de l'UOB cause problème. Notamment la location des espaces commerciaux. Sur ce point, une source révèle que dans l'état budgétaire de l’année 2018, il était annoncé une somme avoisinant 9 millions de Fcfa au titre des avoirs issus des commerces épars, alors que les enquêtes sur le terrain auprès des opérateurs économiques font état d’environ 19 millions, selon une source bien au fait des informations. « A l’époque, les membres du SNEC-UOB n’avaient pas manqué de dénoncer ces écarts », dégaine une source syndicale. En réponse, ils avaient, dit-on, essuyé les meilleures humiliations de la part du démissionnaire recteur et ses acolytes.

 

Autre point, la surfacturation et l'inexistence des travaux réalisés au sein de l'UOB. On parle d'un montage financier frauduleux avec des sociétés fantômes. Plusieurs autres dossiers feront aussi l’objet d’investigation : l’existence d’un réseau de trafic d'inscription des étrangers pour des facilités de cartes de séjour ; la disparition d'un don de 150 ordinateurs de l'Aninf ; la location nocturne du restaurant universitaire pour des mariages ; l’occupation dominicale des salles de classe pour la célébration des cultes religieux ; l’argent issu des légalisations…

 

La mutuelle : un complice nommé Anges Gaël Makaya Makaya ?

 

Selon des sources imprégnées, il représenterait la caution de la forfaiture côté étudiant. Porté à la tête de la mutuelle par les soins de Ropivia, après une acrobatie hostile aux règles de la démocratie, l’ancêtre des étudiants Ange Gaël Makaya Makaya serait le pion des manigances de l’ancien recteur. Pour la gestion de sa fantomatique structure, on parle de près de 120 millions de Fcfa de budget par an, alors que son mandat à la tête de la mutuelle est caduque depuis 2 ans. Cet argent a-t-il été engagé et décaissé ? Officiellement auprès des étudiants, la réponse de leur représentant est « non », sauf que des révélations feraient ressortir des traces suspectes de cet argent dans le budget de fonctionnement de l’UOB. A ce stade, il se susurre que l’éternel étudiant du master Anglais connaîtra à son tour les misères de l’interrogation. Ce d’autant plus que son nom revient continuellement dans les grands bénéficiaires de l’argent des inscriptions, aux côtés de son mentor.

 

Marc Louis Ropivia, victime d’un règlement de compte ?

 

La focalisation judiciaire sur l’ancien recteur fait naître des interrogations. Serait-il la proie d’une vendetta ? La question est en scintillement des débats sur le campus. La piste part d’un fragment de la lettre de démission de l’ancien intouchable de l’UOB : « C’est précisément parce que j’approche à grand pas un âge respectable que j’ai décidé de m’épargner le déshonneur d’un combat risible dans lequel tente de m’entrainer, à travers une certaine presse et via les jeunes collaborateurs à la fragilité sociale et morale avérée, des universitaires en quête effréné de pouvoir dans la sphère politico-administrative de notre pays ». Qui indexait-il comme agitateurs souterrains de la guerre menée contre lui ?

 

A l’évidence, Rop’s sait que son malheur vient de ses propres collègues de l’UOB, « autrement nargués par lui » et aujourd’hui aux commandes dans d’autres sphères de l’administration, à des postes de pouvoir. Au grand portail, quelques langues se délient : « Il est facile de dire que l’ancien recteur paie le prix fort de sa fracassante démission, qui a sonné comme un affront au coordinateur des affaires présidentielles Noureddin Bongo Valentin. On peut louer son audace, mais au regard des faits présentés, tout porte à croire qu’on n’avait pas affaire à un petit Jésus. L’homme a quelquefois péché par ses injustices, son mépris envers les collègues qui avaient un autre son de musique que le tien, sa mégalomanie, surtout qu’il s’était entouré des personnes hautaines qui avaient le dénigrement comme arme de riposte. Demandez aux différents responsables des deux syndicats... On laisse la justice faire son travail en toute équité », affirme un enseignant, sous anonymat.

 

Du côté de l’audition à la PJ, quelques indiscrétions révèlent que certains collaborateurs seraient déjà passés aux aveux. Sentant l’étau se resserrer autour d’eux, ils auraient opté de faire dans le pourrissement, en égrenant des dossiers qui pourraient compromettre le club des « universitaires en quête effréné de pouvoir dans la sphère politico-administrative ». Dans le viseur du grand déballage, on cite la gestion des finances des masters de 2010 à 2015, soit environ 30 millions par année et par master (150 millions gérés par chaque responsable de master). Plusieurs grands professeurs sont ainsi soupçonnés d’avoir indûment utilisé l’argent à des fins personnelles, au détriment de la ligne d’engagement. La tactique de la terre brûlée promet des révélations troublantes et sans doute, des insomnies…

 

Pour conclure 

Comment une telle gabegie a-t-elle pu prospérer quand on sait que l’UOB tient régulièrement des conseils d’administration sous l’œil vigilant de Moukagni Iwangou ? A-t-il été impuissamment au courant de ces frappes ? Des questions, si elles sont récurrentes, laissent croire que l’UOB s’est transformée en véritable cour du roi Pétaud où tout est permis dans l’impunité totale. La saisine de Francis Nkea au procureur pour une enquête ouvre un espoir sur le démantèlement d’un vaste réseau qui assurément, a milité pour l’effondrement d’une université riche comme le Gabon, mais devenue fantomatique dans son fonctionnement. Un grand nettoyage se prépare, d’après certaines indiscrétions. On parle d’un possible changement complet des dirigeants à la tête de l’UOB, avec en prime, la mise sous gestion externe des juteuses mannes financières tant convoitées.

 

Quant aux mis en cause, si les faits sont authentifiés, ils iront rejoindre les indélicats à la prison centrale, à moins que les pressions politico-ethniques et maçonniques ne fassent avorter la procédure, comme il est de coutume au Gabon quand les gros bonnets sont appelés à la barre.

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