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Opérations Mamba et Scorpion : La prison : selon que vous serez Gabonais ou étranger…

par BITOLI Valérie - 16 Oct 2020, 10:50 589 Vues 0 Commentaires
IMG Maixent Accrombessi se la coule douce dans son pays natal alors que le Gabon est au sol.

Ce ne sont pas les affaires de malversations financières, de détournement de fonds et de blanchiment d’argent qui manquent, pour ouvrir contre ces personnalités des instructions judiciaires. Pourtant, que l’on soit Gabonais ou ressortissant étranger, Mamba et Scorpion choisissent qui mordre.

 

En octobre 2017, notre confrère « La Une » avait choisi comme titre de son article consacré aux avanies subies par l’homme d’affaires Alain-Claude Kouakoua, « Du malheur d’être Gabonais… au Gabon ». Pour rappel, le PDG du groupe ACK avait fait l’objet d’une mesure de garde à vue au B2 pendant plusieurs jours, pour des marchés publics prétendument non exécutés. C’est seulement à l’issue d’une enquête bâclée conduite par le colonel Okoumba, et après d’inutiles persécutions infligées au chef d’entreprise que l’intéressé fut libéré, aucune poursuite judiciaire n’ayant été engagée contre lui. Mais le mal était fait. Comme M. Kouakoua, de nombreux opérateurs économiques gabonais ont vécu, à des degrés divers, le même type de mésaventure. « On voudrait tuer l’esprit d’initiative et l’envie d’entreprendre chez nos compatriotes que l’on ne s’y prendrait pas autrement », nous a confié Rodrigue Pambo, un jeune entrepreneur opérant dans le secteur de la location automobile.

 

Comment ne pas lui donner raison, quand on observe que, depuis le déclenchement des dernières opérations « mains propres », la quasi-totalité des personnes interpellées sont gabonaises ? Etienne Dieudonné Ngoubou, Magloire Ngambia, Blaise Wada, Landry Patrick Oyaya, Christian Kapitho, les frères Laccruche Alihanga, Ike Aïla Ngouoni, Léandre Nzue… La liste des Gabonais détenus, souvent en violation du droit, pour détournement présumé des deniers publics, est longue comme un jour sans pain. Comme par miracle, aucun des naturalisés (de fraîche date, pour la plupart) n’est inquiété. Et pourtant, ce ne sont pas les « fripouilles » qui manquent parmi ces « Gabonais de circonstance ». Pour eux, c’est comme si le Gabon était un Etat de tous les droits. Pire, de tous les passe-droits !

 

La justice sélective

 

Aussi, même quand certains d’entre eux sont arrêtés et/ou mis en examen à l’étranger pour des délits en rapport avec le Gabon, cela ne les ébranle pas le moins du monde, car ils sont assurés, « au pays », de jouir d’une totale impunité. Le 03 août 2015, par exemple, le Franco-Béninois Maixent Accrombessi est arrêté à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle (Roissy CDG). Placé en garde à vue pendant plusieurs heures pour « corruption d’agent public étranger », il lui est reproché des indélicatesses dans des contrats d’achat d’uniformes militaires gabonais passés auprès de la société française Marck. L’enquête, qui s’ensuivra, mettra, d’ailleurs, au jour, une tentaculaire affaire de grand banditisme transcontinental. Directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba au moment des faits, Maixent Accrombessi sera mis en examen à la suite de la découverte par les juges d’un système mafieux de rétro-commissions matérialisé par plusieurs virements.

 

Rappelons qu’en novembre 2011, le même Accrombessi s’était déjà signalé, en provoquant l’arraisonnement de l’avion présidentiel gabonais sur le tarmac de l’aéroport de Cotonou, pour une sombre histoire de « trafic présumé de devises et de stupéfiants ». Son passeport diplomatique fut même momentanément confisqué par les autorités béninoises. Malgré ce « palmarès », M. Accrombessi n’a jamais été inquiété par la très courageuse justice gabonaise. Idem pour son complice et homme de main Seydou Kane.

 

Le 18 novembre 2015, ce Sénégalo-Malien est interpellé à sa descente d’avion à Roissy Charles de Gaulle. Le quotidien français « Le Monde » relate les faits : « Détenteur de passeports diplomatiques gabonais, malien et sénégalais, il était pourtant attendu par le chef de protocole de l’ambassade du Sénégal à Paris. Il a été conduit en garde à vue à Nanterre par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCLIF) dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte en juillet 2007 » Parmi les affaires impliquant Seydou Kane, il y a, selon le journal « Libération », « un contrat de 7 millions d’euros [environ 3 milliards 200 millions de Fca, ndlr] passé entre le ministère de l’Intérieur gabonais et la société française Marck ».

 

Mais tout cela n’a, évidemment pas, donné lieu à aucune enquête au Gabon. Au contraire, le Malien continue à servir de banque alimentaire aux forces armées gabonaises, en même temps qu’il truste à sa guise de juteux marchés publics. On pourrait croire que Maixent Accrombessi et Seydou Kane sont des cas isolés. Il n’en est rien. Et pour cause !

 

Du Britannique Lee White – pour sa « gestion » des Parcs nationaux – au Français Christian Kerangall – grand manitou des deux CAN organisées par le Gabon – en passant par l’Autrichien Roberto Tomazini – au sujet des rétrocommissions touchées via les banques suisses HSBC et Société Générale – ou encore le parrain corse Michel Tomi, ils sont nombreux, ces « étranges Gabonais » qui auraient pu intéresser la justice gabonaise. Mais, comme avait écrit La Fontaine dans « Les Animaux malades de la peste » : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs ». A travers la morale de cette fable, La Fontaine dénonçait déjà la propension de la justice à traquer les faibles et à absoudre les crimes des plus puissants.

 

Les autorités politico-judiciaires gabonaises ne font pas autre chose : entre arrestations sélectives et condamnations discriminatoires souvent opérées en dehors de tout cadre légal, les opérations Mamba et Scorpion reproduisent à la caricature l’allégorie de la fable. En y ajoutant, toutefois, une mise en scène destinée à humilier et « casser » les personnes tombées en disgrâce.

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