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Reportage : Prison centrale, un mouroir à ciel ouvert

IMG Une vue des conditions inhumaines.

Située au quartier « Gros-Bouquet », dans le premier arrondissement de la commune de Libreville, la Prison centrale de la capitale gabonaise a été  construite en 1956 pour une capacité d'accueil de 300 personnes. Mais cet espace carcéral contiendrait, aujourd'hui, plus de trois mille (3000) détenus. Une situation qui contraint les prisonniers répartis dans les vingt-deux (22) quartiers à dormir les uns sur les autres. « La Chine » est le quartier de la prison qui illustre le plus cette explosion de la population carcérale. A lui seul, il contiendrait près de 700 individus.

 

La (MAF), le quartier des femmes, est tout aussi surpeuplé. Par contre, la CIA, le quartier réservé aux malades mentaux est le moins peuplé. Il est habité par une dizaine d'individus qui sont presque privés de soins médicaux.

 

A la surpopulation carcérale se greffe le manque criard de matériel. Manque de matelas, de lits, de marmites et autres ustensiles qui concourent aux tâches quotidiennes des prisonniers. « Nous dormons à même le sol. Un matelas d'une place est disputé par six, voire sept personnes. Les quelques toilettes, qui sont mis à la disposition des prisonniers, sont presque bouchés. Pour faire les selles, il faut donc prendre des sachets ou des bouteilles pour uriner », explique un ancien détenu.

 

Des détenus décédés sans être jugés

Bon nombre de détenus ont trouvé la mort à Sans-Famille après plusieurs années de détention sans être jugés. Le dernier cas en date est celui du quinquagénaire, Henry Paul Bendji, décédé, il y a moins de deux semaines, après vingt-quatre (24) ans de détention préventive (sans être jugé). Incarcéré en 1996 pour meurtre, le quinquagénaire a donc passé vingt-quatre (24) ans derrière les barreaux de la Prison centrale de Libreville. Après sa mise aux arrêts à la prison du Gros-Bouquet, Henry Paul Bendji n’aurait bénéficié d’aucun jugement. Pourtant, à plusieurs reprises, le défunt aurait adressé des correspondances au parquet et aux responsablesde la prison, pour exiger un jugement. Mais ses correspondances n’ont jamais été suivi de réponses. Dans le chagrin et abandonné à son triste sort, ce quinquagénaire est passé de vie à trépas dans l’anonymat total. Une triste nouvelle s’offusque un magistrat qui rappelle qu'en matière criminelle, la durée maximale de la détention provisoire est de trois (3) ans, lorsque le mis en examen encourt une peine supérieure ou égale à vingt (20) ans (quatre (4) ans si les fait sont été commis hors du territoire.

 

Les maladies, la plus grande peur

 

Les maladies contagieuses telles que la tuberculose sont très fréquentes à la prison du Gros-Bouquet. Plusieurs personnes en ont fait les frais au cours de ces dix (10) dernières années, confie un garde pénitentiaire. L’homme se rappele qu’entre le 13 janvier et le 14 février 2017, au moins sept (7) détenus ont trouvé la mort dans la prison.

Selon une source judiciaire, ces morts successives seraient intervenues à la suite de la contamination d'une épidémie de tuberculose qui y avait sévi. La liste des décédés faisait état de sept (7) individus, six (6) Gabonais et un (1) Equato-guinéen. Une affaire qui avait suscité longuement l'ire de l'opinion nationale.

 

Il s’agissait de : François Mouketou Bouassa, écroué, le 13 avril 2016, pour escroquerie, est décédé, le 13 janvier 2017, à l’infirmerie de la Prison centrale des suites d’une affection médicale ; Jean-Pierre Sessou, écroué, depuis le 22 juin 2012, pour meurtre, est décédé, le 2 février 2017 ; Josely Poaty Mervy,  écroué, le 15 janvier 2016, pour vol qualifié, est mort, le 05 février 2017 ; Romaric Igouwe, écroué, depuis le 18 janvier 2006, pour viol et vol à main armée ; Edouard Tissebé, emprisonné, le 16 janvier 2012, pour association de malfaiteurs, vol qualifié et usage de cannabis, est décédé, le 04 février 2017 ; Cédric Ella, écroué, le 02 décembre 2016, pour vol aggravé, est mort, le 14 février 2017 ; et  l’embastillé de nationalité équato-guinéenne, Domingo Ntugu Minko Nko’o, écroué, le 25 janvier 2016,  pour défaut de carte de séjour et consommation illégale de cannabis, est décédé, le 08 février 2017, à  l’hôpital d’Instruction des armées Omar Bongo Ondimba au PK 9. Ces sept (7) détenus sont donc morts dans l’intervalle d’un mois dans des conditions non élucidées.

Ces quelques victimes, à elles seules, traduisent, dans les  faits, l’effectivité et la gravité des épidémies de tuberculose et autres pathologies en milieu carcéral. Ces décès successifs confirmaient les conditions inhumaines des détenus.

 

Une direction de la prison silencieuse

 

Mais face à cette réalité, la direction de la prison n’a jamais voulu communiquer. L’enquête diligentée n’a jamais abouti à des conclusions claires. Tout se passe comme si l’on veut occulter le fait que cette prison ne répond plus aux normes. Pour ne plus avoir à vivre le cauchemar de 2017, le régime n’a pas hésité, cette fois-ci, à prendre des mesures de restriction des visites drastiques. Dès l’apparition de la pandémie de la Covid-19, l’accès à la prison a été interdit aux membres des familles et même aux avocats.

 

N'y a accès que le personnel pénitencier. Une situation exaspérante pour de nombreux détenus, qui, moralement, n’en peuvent plus. « Plusieurs d’entre eux sans les visites de leurs parents sombrent dans la déprime. Le fait de ne plus avoir de contacts avec l’extérieur, de ne plus avoir à s’entretenir avec leurs avocats, nourrir l’espoir de sortir de là-bas, plongent les détenus dans le désespoir », indique un psychologue, témoignant sous le couvert de l’anonymat.

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