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Société

Reprise des cours à l’UOB en mode Covid : un foyer de contamination en préparation

par BITOLI Valérie - 22 Sep 2020, 06:28 583 Vues 0 Commentaires
IMG Une vue de la Licence 1 Histoire en début d'année 2020. Crédit photo Meboon.

L’impérative de reprise des cours décrétée par le doyen de la FLSH sonne comme un appel au génocide, dans une séculaire université dépourvue de tout équipement sanitaire au moment où la hausse des cas de contamination à la Covid-19 est à craindre.

Par Orca   Boudiandza Mouele

 

Alors que le Gabon tourne au ralenti à cause de la pandémie de la Covid-19, que les églises, les bars et autres motels sont toujours fermés du fait des craintes de contamination à grande échelle, Monique Mavoungou Bouyou, doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines, a décidé de la reprise des cours à l’université Omar Bongo, méprisant au passage toutes les recommandations du gouvernement et du Copil.

 

Alerte aux clusters à l’université Omar Bongo !

 

A l’heure de la reprise des cours à l’UOB, tout est à parier que ce site deviendra très rapidement un foyer de contamination, tant pour les étudiants que pour les enseignants et le personnel administratif. Ceci du fait que les équipements sanitaires basiques sont absents. L’ancestral établissement n’est point équipé de manière à ce que les gestes barrières soient respectés et tout particulièrement en ce qui concerne le lavage des mains. Pour une université qui compte environ 40 mille étudiants, l’Etat s’est investi dans le dépôt de huit (8) points d’eau qui, malheureusement, ne sont pas alimentés quotidiennement. Aucune trace d’un quelconque savon, de même que des serviettes à usage unique. Quant aux flacons ou distributeurs des solutions hydroalcooliques, l’hypothèse de leur acquisition n’est même pas envisageable. Pour ce qui est du port de la bavette, une inspection sur le campus universitaire démontre que les étudiants sont très peu soucieux de cette mesure barrière.

 

Du côté des infrastructures, nul besoin de faire une dissertation quand on sait qu’aucune salle de classe n’a subi une cure de jouvence. Bien au contraire, les choses se sont empirées avec la série de vandalisme dont a été victime l’UOB durant la période de coupure. Tous les climatiseurs et autres mobiliers ont été volés, certains bureaux administratifs subissant même des rafts. A côté de cela, il faut composer avec l’absence d’amphithéâtres pouvant accueillir un grand nombre d’étudiants – encore que les attroupements de plus de 10 personnes sont interdits – et un grand nombre de salles de classe toujours sous scelle de la part de l’entreprise ayant effectué les travaux de réhabilitation depuis 2019. Dans ces conditions, comment expliquer l’appel à la reprise de dame Mavoungou Bouyou si ce n’est une volonté de faire de l’UOB un site où prospèrent les clusters ?

 

L’amour des postes dans l’administration au détriment de la raison ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, le ministre de l’Enseignement supérieur, Pr Patrick Mouguiama-Daouda, le SG du même ministère, Frédéric Mambenga Ylagou, le recteur de l’UOB, Mesmin Noël Soumaho, tous enseignants à la FLSH, sont silencieux sur la question de la reprise des cours. Mais pourquoi le doyen de la FLSH s’époumone-t-elle à vouloir opérer des miracles là où la réalité du terrain oriente vers une année blanche ? En un laps de temps, Monique Mavoungou Bouyou a déjà sorti trois différents calendriers académiques, sans même tenir compte des effectifs et des structures d’accueil. Sur le campus, c’est la colère chez les enseignants, qui dénoncent un mépris de la part de madame le doyen, au nom d’une volonté de longévité à ce juteux poste de responsabilité. « Je ne comprends pas l’obstination du doyen à faire reprendre les cours alors qu’elle sait que rien n’est prêt à l’UOB. La semaine dernière, il était uniquement prévu la reprise du cycle master, compte tenu des petits effectifs.

 

Curieusement, ce lundi 21 septembre, elle se déjuge et annonce la reprise des classes de Licence 3 et des devoirs le samedi pour les deux autres composants. Ne sait-elle pas qu’il y a des L3 qui comptent plus 200 étudiants en présentiel ? Comment compte-t-elle les caser dans des minuscules salles de classe en respectant la distanciation d’1 mètre ? Pense-t-elle qu’achever l’année est plus important que la santé des Gabonais ? On sait tous qu’elle veut juste rafistoler ici et là pour boucler l’année et plaire aux gouvernants afin de se maintenir à son poste », tempête un enseignant rencontré hier sur le campus. Même son de cloche chez un autre enseignant : « depuis environ 5 ans, madame le doyen n’a plus fait cours à l’UOB. C’est donc les autres qu’elle veut exposer pendant qu’elle est tranquillement tapis dans son bureau à rédiger des notes d’information ? ».

 

 Du côté du Snec-UOB, son président, le Pr Mathurin Ovono Ebè est rouge de colère : « qu'est-ce qui est fait sur le campus en matière de sécurité sanitaire respectivement à la pandémie ? La dette des vacations est-elle apurée ? Une fois de plus, nous sommes face à nos responsabilités. Rappelons-nous seulement que l'administration a des moyens pour exposer nos corps au parvis du rectorat, prononcer des oraisons funèbres et regarder comment le corbillard s'éloigne avant de nous oublier. De notre côté, on aura laissé nos familles sans soutien pour être allé dans les amphis dans le non respect total des mesures barrières. Sommes-nous prêts à aller volontairement à la mort au mépris des "sommes faramineuses" que le Gouvernement refuse de nous payer en guise de vacations depuis 2015 ? ».

 

Tout porte à croire que l’agitation arbitraire du doyen est portée par sa volonté de se dresser une carte de visibilité personnelle, quitte à exposer ses collègues et les étudiants aux ravages de la pandémie actuelle. Il est plus qu’urgent que la sonnette d’alarme soit tirée avant que le pire ne survienne. Personne ne peut rationnellement s’opposer à la reprise des cours à l’UOB, mais il faudra au préalable garantir la sécurité sanitaire des apprenants et des enseignants, car la maladie à coronavirus 2019 n’est pas un leurre, mais une réalité inquiétante qui a déjà envoyé ad patres un grand nombre des Gabonais. Avis au Premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda, au ministre de l’Enseignement supérieur Patrick Mouguiama-Daouda et à celui de la Santé Dr Guy Patrick Obiang Ndong.

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