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(Tribune libre ) retraite internationale d’Aubameyang ; Et si l’encadrement des Panthères n’était tout simplement pas à la hauteur ?

IMG Pierre Eymerick Aubameyang lors d'une rencontre avec l' équipe nationale du Gabon.

Et si le Gabon ne méritait simplement pas son équipe nationale de foot ?

 

Quand les deux meilleurs joueurs d’une équipe nationale refusent de répondre à une convocation et donc de revêtir la tunique aux couleurs de leur pays, il faut sérieusement se poser des questions. Quand le meilleur d’entre eux décide par ailleurs de ne plus jamais la mettre alors qu’il pète la forme en club, il faut avoir le courage de reconnaître que l’équipe traverse une énorme zone de turbulences et se donner le temps et les moyens de tout mettre à plat, trouver les bonnes solutions au malaise plutôt que faire l’autruche.

 

Ceux qui ont suivi l’équipée des Panthères à Yaoundé lors de la phase finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations ne pouvaient pas être surpris d’entendre PEA annoncer sa retraite internationale et Mario Lemina officialiser sa décision de se mettre en retrait. Tous deux l’avaient déjà dit à mots feutrés en quittant la capitale camerounaise, humiliés, insultés, noyés dans une cabale mensongère qui a fait d’eux des garçons infréquentables aux mœurs dissolus en plus d’avoir des cœurs rongés par une Covid qu’ils n’ont jamais eue. Les puristes ont vu leur avenir professionnel en danger et en ont eu peur. Les analyses immédiatement effectuées dans leurs clubs ont mis à jour comme en prélude, une énorme supercherie que l’entraîneur confirmera quelques jours plus tard, sur la chaîne de télévision française Canal+, quand la question lui est posée sur le comportement de ses deux joueurs. ʺMoi, je m’occupe des aspects sportifs. Je n’ai aucun problème de ce côté avec mes joueursʺ. Il vient d’ailleurs de redire la même chose dans une plus récente interview, renforçant les propos du président de la Fédération qui déclarait en forme de bilan d’action sur cette question précise qu’il ne parle que de ce qu’il sait, sous-entendant que l’éviction de Mario et de PEA ne relevaient aucunement de la Fédération.

 

Clairement donc, Pierre Eymerick et Mario n’ont eu aucun problème de discipline. Ils ont simplement fait face à un encadrement qui est resté archaïque, désarmé devant les enjeux et des joueurs qui ont nettement évolué et placé leurs exigences hors d’atteinte de ses capacités d’encaissement et de sa réelle compétence à affronter avec efficacité les nouvelles normes de gestion d’une équipe nationale.

 

Quand par option ou par obligation, on choisit de ne constituer son équipe qu’avec des joueurs évoluant, à une ou deux exceptions dans les quatre meilleurs championnats d’Europe, on prend par conséquent l’engagement de se soumettre aux exigences de confort, de crédibilité et de respect des engagements auxquels ils sont habitués dans leurs clubs. C’est le seul moyen de s’éloigner et s’épargner le doute de confiance qui peut entraîner une déconcentration nocive à l’objectif premier de gagner. Ces éléments qui ont été fatalement générés par le manque de professionnalisme d’une fédération qui doit désormais payer une très lourde amende pour avoir simplement oublié de répondre à une lettre de la Caf, qui ignore qu’il faut envoyer des prospecteurs dans un pays étranger s’imprégner des conditions d’entrée et d’hébergement au point de faire dormir l’équipe sur les carreaux d’un aéroport, qui laisse trimbaler son équipe dans la ville de Yaoundé d’un hôtel à l’autre, après un long voyage de 6 heures. Le comble de cette incurie est de faire comme si rien ne s’est passé, de relancer naïvement les convocations sans avoir rien expliqué, sans faire la lumière sur la cabale lancée contre ces joueurs dont elle a pourtant la charge de la protection et de la promotion, et d’attendre tranquillement qu’ils reviennent. Comme si ces gamins envers qui on n’a même pas l’élémentaire élégance des excuses, avaient des cœurs de pierre. Comme si les injures, les insinuations et les fausses accusations n’avaient aucun effet sur eux.

Ils auraient pu le faire pour l’amour de leur pays. Parlons donc de leur patriotisme. Quand Pierre Eymerick refuse de monter dans un avion moyenâgeux pour aller jouer au Soudan, il n’est pas patriote. Quand Didier Ndong soutient ses compagnons nationaux sans championnat depuis deux ans et le dit, il n’est pas patriote. Quand le Capitaine et son compère rencontrent l’encadrement pour porter la parole du groupe, ils ne sont pas des patriotes. Qui a le monopole du patriotisme dans ce pays pour en imposer les normes ? Le ministre des Sports qui en distribue les bons points ? Qui déclare s’être fait voler les primes des joueurs mais qui n’a porté plainte dans aucun commissariat ? Je doute… Je doute qu’il sache que les grands clubs de football imposent ou prennent des assurances pour leurs joueurs qui incluent leurs conditions de voyage en avion, que les respecter et refuser de monter dans un cigare volant participe de l’obligation de respecter les clauses de ce contrat. Je doute qu’avant de les accuser de boulimie financière dans les journaux, il ait fait le point entre ce que les pros perdent sur leur salaire comme sacrifice pendant les regroupements et ce qu’ils gagnent en primes par ailleurs payées en éternelles promesses. Je ne suis pas certain non plus qu’il apprécie à sa juste position un capitaine d’équipe qui parle au nom du groupe et exige juste ce que ses mandants lui ont demandé, pour ne pas le cataloguer comme un indiscipliné leader de revendications et empêcheur de fausses promesses. Espérons que la position adoptée en retour par les joueurs de lui interdire l’accès à leurs vestiaires pour réaffirmer la légitimité de leurs mandataires soit elle appréciée à sa juste valeur.

 

Nous sommes au Gabon où on règle les problèmes d’ordre général en créant des boucs émissaires. Nous avons adopté une gestion des hommes qui consiste à salir, à diffamer pour se donner une existence. Rien de plus facile. Il suffit de trouver deux pisse-copies et un aboyeur pour faire le sale boulot. Pourvu que ça ait un impact et fasse oublier le plus important. On perroquette que Boupendza n’était pas hors-jeu pour faire placebo sur la douleur d’une élimination. On publie dans le journal national que PEA et Lemina étaient en boîte à Dubaï pendant le regroupement, mais on illustre avec des photos vieilles d’un an prises dans une boîte de Libreville sur fond de musique traditionnelle du Gabon, quelqu’un fait le tour des plateaux de télévision pour appuyer et affirmer qu’ils ne se sont pas privés de beuveries inconscientes et même interdites sans autre preuve que ses affirmations ridicules de spécialiste autodécrété, oubliant que tout cela a un effet négatif sur le groupe, négligeant la réflexion de base de toute publication de presse : l’incidence de ce qu’on dit sur l’objectif général. Même si cette information lui avait été livrée par la fédération, tout journaliste stagiaire se serait demandé quelle influence aurait cette campagne de diabolisation sur l’ambition de victoire du pays. C’est la première leçon sur la liberté de diffuser, celle qui apprend que toute vérité, surtout les fausses, ne sont pas bonnes à dire. Sans risque de se tromper, avec Lemina et PEA dans les rangs, nous ne nous serions jamais contentés du triste Boupendza n’était pas hors-jeu pour noyer notre frustration. Et aujourd’hui qu’on a les conséquences de la légèreté et de l’incompétence tapageuse des fouille-merde connus de la Fédé, on suppose qu’il se regardent toujours fièrement dans leurs miroirs. Il est vrai que la honte dans notre pays est un luxueux sentiment de conscience accessible à une infime minorité. Ils en seraient qu’ils ne seraient pas fiers d’avoir amputé l’équipe nationale, notre équipe nationale, de ses deux meilleurs joueurs.

 

Non Messieurs, on ne peut pas passer en pertes et profits de si grandes défections dans notre équipe nationale. Notre pays ne mérite pas un aussi triste spectacle. Personne, aucun Gabonais ne mérite que l’image qu’on se fasse de lui soit celle d’une gestion aussi archaïque du bijou que représente cette équipe des Panthères. Seule certitude finalement, ces garçons ne doivent leur respect actuel qu’à eux-mêmes, à leur propre hargne, à leur détermination et à leur amour pour la patrie, pas à un encadrement qui est un boulet pour les bonnes performances qu’ils produisent sur le terrain et qui en font l’une des meilleures équipes d’Afrique. Délivrée et mieux encadrée, cette équipe a le potentiel pour aller bien plus haut. Mais avec son entourage actuel, on ne peut rien en attendre.

 

Par Hyacinthe Marcel M’ba Allogho,

Journaliste.

 

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