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Politique

Union Nationale : La révolte des "sans culottes"

IMG Paulette Missambo et les membres de son équipe pour l'élection à la tête de l'Union Nationale.

 

"Je suis Paul-Marie Etienne NDJAMBIEMPOLO GONDJOUT. C’est le nom que mon père, Paul Indjendjet Goundjout m’a donné à ma naissance. Je suis donc le fils de Monsieur Paul Indjendjet Gondjout". En se présentant à l’assistance lors du deuxième congrès ordinaire de l’Union Nationale le 7 décembre 2020 pour commencer son discours et répondre aux multiples attaques lancées contre sa candidature à la tête de son parti, PMG a choisi de frapper d’entrée. Il a misé sur l’effet que ferrait le rappel du nom de son père, un ancien dignitaire de la République et de la communauté omyéné, fondateur du Bloc Démocratique Gabonais sous les couleurs duquel Léon Mba, le premier président du Gabon est arrivé au pouvoir. Il était certain que ce nom chargé d’histoire devrait lui faciliter les choses et s’attirer… si non carrément l’ascenseur en retour d’une dette morale eut égards à ce que son père a été de son vivant et des services qu’il a rendus à la République, mais au moins la sympathie et l’admiration de porter son nom. "Marketeur" de formation, il sait l’origine d’un produit accroît sa présomption de qualité à la vente. Son nom peut et doit jouer en sa faveur lors du choix des congressistes.

 

Cette entrée en scène n’était pas anecdotique. Elle n’était pas non plus anodine. Elle dévoile au grand jour le combat politique dans lequel les Gabonais sont lancés de manière sibylline depuis quelques années. Cette opposition voilée, furtive, sourde mais existante, de plus en plus ressentie entre les illustres inconnus qui ont de légitimes aspirations de pouvoir, et ces célèbres héritiers qui pensent y avoir plus droit par le nom, la célébrité ou les biens accumulés avant eux par leurs géniteurs. Et si Paul Marie Gondjout a plongé dedans les deux pieds en avant, c’est que les circonstances du moment le lui ont permis ou l’y ont contraint à plusieurs égards.

 

En premier, il était face à l’occasion rêvée de devenir enfin plus Gondjout que jamais. Par comparaison, son frère qui a été député et sa sœur ministre après une longue expérience de secrétaire particulière du président de la République. Lui, il n’a jamais été que le mari de… et le gendre de… Prendre la présidence du plus grand parti de l’opposition lui offre la voie royale pour enfin exister de lui-même. En plus de rappeler avec une bonne insistance en pesant sur chaque mot de qui il est le fils, il est aussi le mari de Chantal, la fille qui a tenu à conserver après ses épousailles les rangs et avantages dus au nom de son père, l’illustre et très connu Zacharie Myboto. Face à ce frère de connus, époux d’une connue et gendre d’un plus que connu se dressent en revanche des personnes qui n’ont aucun fait d’arme historique familial à brandir. Ils ne portent aucun nom de référence, mais osent lever la tête contre une galaxie composée à huit sur onze, des proches ou membres du célèbre clan Myboto.

 

Première d’entre eux, la candidate qui veut lui voler la place et qui a causé un énorme ramdam au congrès qui devait le consacrer, au point que l’élection a été reportée. Si elle n’avait pas été au gouvernement, personne n’aurait le souvenir de quelqu’un qui s’appelle Missambo et qui aurait joué avant elle un rôle politiquement éminent dans ce pays. Très peu savent d’ailleurs que ce nom est le sien propre et non directement celui de son papa. Une parfaite anonyme donc qui a dû trimer pour payer ses cours à l’université, comme le sont tous ceux qui l’accompagnent dans cette démarche collective.

 

En dehors des ressortissants de Mitzic, personne au Gabon n’a la moindre référence sur le père du Dr Minault Maxime Zima Ebeyard, très peu connaissent le nom exact du père de Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi élevé seule par sa maman commerçante, de celui d’Emmanuel Ntoutoume Ndong, de de celui de Roland Moutoumbo ou de celui de Marie-Agnès Koumba. Des "sans culottes" qui se sont faits tout seuls en trimant dans leur jeunesse dans des zones défavorisées pour devenir qui médecin, qui énarque, qui enseignant d’université, qui ancienne Directeur Générale d’entreprise. Tous se sentent le devoir de venir prendre les rênes du parti, mais la caste des héritiers considère qu’ils entrent dans une propriété privée. Pour en éloigner ces intrus, on oppose à leur valeur intrinsèque, à leur capacité de gérer la société acquise par l’expérience de terrain et par leurs connaissances académiques, le passé sans guirlandes ni flonflons de leurs parents. Quel bonus en plus pour les dissuader de se trouver un nègre de maison qui leur porte le message ! Quelqu’un nous a crânement dit sur les ondes de Radio Oyem que seuls les riches peuvent diriger les partis politiques au Gabon et principalement l’Union Nationale, qu’il faut laisser la présidence de ce parti au gendre de Myboto qui possèderait l’argent de sa femme et de sa belle-famille. La pub est excellente !

 

« Les successions dynastiques doivent être combattus avec plus de virulence… »

 

Au-delà des Sergine Ndong Oyone et des Serge Zeng Ango qui comme la plupart des jeunes aspirent à gravir toutes les marches d’une société qu’ils veulent égalitaire et viable mais sur qui sans clairement le dire on veut poser une cloche de plomb pour les maintenir dans le rôle d’accompagnateur ou de pot de fleur, ce qui se passe à l’Union Nationale en ce moment interpelle la société gabonaise. La République exige une égalité de tous en devoirs et en droits. Laisser prospérer cette propension à la place réservée, c’est fermer l’horizon de l’accès à la gestion du pays à une énorme frange de la population qui se confinerait dans l’accompagnement et le décorum. En attendant le courageux pédégiste qui viendra expliquer au peuple gabonais qu’après le père Omar, après le fils Ali, c’est maintenant au petit-fils le tour de devenir le président de son pays, c’est à l’intérieur de nos formations politiques et pour l’exemple que les délits de patronyme, en même temps que ceux de non patronyme, les successions dynastiques doivent être combattus avec plus de virulence.

 

L’Union Nationale est particulièrement attendue à ce combat d’un Gabon pour Tous. Elle qui a gravé sur son acte de naissance et en lettres de sang le déni d’une succession dynastique à la tête du pays et donc, le rejet à chaque niveau de notre vie politique de l’abject concept d’une famille régnante.

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1 Commentaires

Jp - May 05, 20:54

Quid du risque de fusion-absorption avec à la tête de l'UN, une fille spirituelle d'Omar Bongo ?


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